L'histoire du président de la Chambre de Commerce et d'Industrie franco-argentine est liée depuis plus de 25 ans à celle de l'Argentine. Il nous raconte son exceptionnel parcours dans le domaine du vin et nous livre sa vision du pays...
Vous avez commencé votre carrière en Argentine, il y a 27 ans, chez Moët et Chandon. On vous offre rapidement des responsabilités que vous n'auriez pu avoir aussi jeune en France ?
Je suis arrivé en novembre 1981 en Argentine. J'étais l'un des premiers coopérants en entreprise privée, avant cela ne pouvait se faire que dans les entreprises publiques ou dans l'enseignement. J'avais passé un entretien avec le président du groupe, Alain Chevalier... c'est comme si aujourd'hui je passais un entretien avec Bernard Arnault ! Après mes 14 mois de coopération, le président de Chandon, Bertrand de Ladoucette m'a alors demandé de travailler comme secrétaire général de la société. Quand on vous offre un tel poste à 25 ans, on ne dit pas non ! C'est là que j'ai décidé de rester en Argentine. En 1989, Bertrand de Ladoucette décède malheureusement, et le président qui lui succède, Jean-Pierre Thibaud, me propose le poste de directeur général. J'avais 30 ans... j'ai accepté ! Même si c'était mon baptême du feu avec l'hyperinflation de 1989...
Comment était l'Argentine des années 80 ?
C'étaient des années assez spéciales, on l'oublie un peu. On vivait assez bien, il n'y avait pas de chômage, l'Argentine vivait un peu sur elle-même, il y avait une autre qualité de vie, c'était une autre mentalité. On sortait de la dictature, il n'y avait pas de délinquance, c'était extrêmement tranquille. Il n'y avait pas beaucoup d'expatriés à l'époque car ils avaient peur. L'image de l'Argentine n'était pas bonne, c'était encore celle de la dictature et des disparus. C'était le paradis, on était tranquille: pas d'inflation, pas de chômage. Mais la décennie s'est mal terminée, avec l'hyperinflation.
Au bout de 15 ans chez Chandon, vous décidez de créer votre propre structure ?
Je suis resté jusqu'en 1996 et j'ai refusé le poste que l'on me proposait en France. Je pensais que l'Argentine était dans une phase de développement extraordinaire. Un peso valait un dollar, on avait un pouvoir d'achat extraordinaire, on était les rois du monde ! La politique de Menem avec les privatisations et le développement du pays, j'en reste persuadé encore aujourd'hui, était bonne de ce point de vue-là. J'ai donc décidé de rester ici et de monter ma propre société de vins mousseux, Cave extrême, en 1998.
On ne devient pas entrepreneur par hasard, c'était un vieux rêve ?
Je m'étais toujours dit que je monterais ma société avant 40 ans. J'estime qu'après on n'a plus le courage de le faire, il faut le faire relativement jeune. Parce que l'on rame beaucoup lorsque l'on crée sa propre société ! C'est beaucoup, mais beaucoup plus difficile qu'on ne le pense, il faut donc être jeune pour le faire. En plus on est en Argentine, c'est encore plus difficile !
Quels sont justement les problèmes que vous avez rencontrés ?
Les problèmes de l'Argentine ce sont aussi ses avantages. On se casse la figure, comme en 2001, puis on redémarre très vite. Il faut avoir un peu d'argent de côté, de toute façon en Argentine il n'y a pas de crédit et il n'y en a jamais eu. Ici, il faut financer soi-même son projet. Moi j'ai redémarré en 2002 avec les moyens du bord et j'ai remonté une structure.
Vous aviez senti arriver la crise de 2001 ?
Oui et non, il faut être honnête. J'étais déjà président de la Chambre de commerce et personne n'a rien vu venir du tout. Parce que dévaluer le peso était l'option la plus désastreuse, on pouvait penser que le pire n'arriverait pas et c'est justement ce qui est arrivé. On faisait des prévisions en étant pessimiste mais en n'imaginant pas que le pire allait arriver. Malheureusement, c'est une caractéristique argentine: lorsqu'on analyse des options politiques il faut toujours voir quelle est la pire car c'est toujours celle qui arrive. Il faut savoir s'y préparer, mais même si on le sait, comment faire lorsque l'on a une société... il n'y a rien à faire.
Vous avez donc recréé votre société en 2002 ?
Oui, cela a été très dur. J'avais plusieurs jobs en parallèle pour cela et j'ai redémarré car j'étais sûr que mon idée de « vino espumante » était bonne.
Puis en 2004, vous vous lancez dans un projet plus personnel encore en investissant dans des terres à Mendoza ?
Oui j'ai rencontré le Français John Du Monceau, ancien patron du groupe Accor et on a trouvé un terrain à Mendoza. On a acheté 700 hectares et on a créé la bodega Atamisque, en 2006. C'est un peu le rêve de ma vie ! Aujourd'hui on produit 200.000 bouteilles de vin par an. L'objectif, d'ici 3 ou 4 ans, est de produire 500.000 bouteilles de vin.
Vous exportez votre vin en Europe et aux Etats-Unis ?
Oui, il faut savoir que les Etats-Unis sont le premier marché pour les vins argentins. Ils représentent 25% du marché de l'exportation des vins argentins, suivis du Canada et de l'Angleterre. Aujourd'hui, j'ouvre d'autres marchés: Brésil, Pérou, Mexique, Allemagne, etc. L'exportation des vins argentins en bouteille a été multipliée par deux en 4 ans. La croissance en 2008 a été de 27% et je pense qu'en 2009 elle continuera car les vins sont de bonne qualité et, finalement, pas très chers... Et si le peso est dévalué, l'exportation est rentable, donc c'est un bon pari.
Le fait d'être Français rassure ?
Dans le domaine du vin, c'est un avantage, en particulier en Argentine. Lorsque l'on parle de vins et que l'on est Français, les gens ont un a priori favorable.
Après la crise de 2001, vous donniez ces deux recommandations: « Prudence et audace ». Sont-elles de nouveau valables en 2009 ?
Il faut d'abord être optimiste lorsque l'on veut faire des affaires. Lorsque l'on crée une société on a tous les jours des problèmes, alors il faut rester optimiste et se dire que ça vaut la peine de le faire. Quant à l'audace, il s'agit en fait de savoir prendre des décisions dans le travail. Et oui, il faut être patient et sage aussi. Comme ici tout est compliqué, il ne faut pas réagir à chaud mais réfléchir, penser un peu... sinon on se trompe facilement.
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